L'extrême-droite, et par extension les idées nationalistes, réactionnaires et stigmatisantes ont la cote chez les plus jeunes électeurs et électrices. Si la banalisation de l'extrême-droite n'est pas une particularité liée au mouvement techno, il ne s'agit pas non plus de nous croire intouchables. Force est d'admettre que les fachos ont fait leur entrée sur un terrain où on ne les attendait pas. La polémique déclenchée suite à la diffusion du titre des Bérus "Porcherie" par Laurent Garnier (1) ou les propos recensés dans l'article "Militants FN le jour, teufeurs la nuit" de StreetPress (2) ne sont que les symptômes d'un phénomène qui risque de s'accroître. C'est bien pour prévenir une éventuelle épidemie de peste brune qu'il nous faut afficher fièrement nos convictions et rappeler quelques faits essentiels.

Historiquement, la techno et la house prennent racine dans les quartiers pauvres de Detroit et dans les clubs gays de Chicago. Les pionniers du genre comme Juan Atkins, Derrick May, Kevin Saunderson, Frankie Knuckles, pour ne citer qu'eux, de par leurs parcours respectifs nous renvoient dans la tronche tout ce que cette culture peut avoir de cosmopolite et faire tomber la définition d'une techno "simple bande-son pour européens blancs en mal de sensations".

Par la suite, dans les années 90, contraints à l'exil par la répression étatique, les sound-systems anglais arrivent en France et importent avec eux les free-parties. Le mode d'organisation en sound-systems nomades et le goût pour le voyage inspireront nombre d'entre-nous et nous pousseront à nous affranchir autant que possible des frontières et des lois pour diffuser le plus largement possible cette culture et nos valeurs communes : l'égalité, l'ouverture, le partage, la tolérance et la solidarité.

Ces deux séquences historiques ne constituent que des "morceaux choisis" d'une histoire plus complexe et tumultueuse, mais elles ont le mérite de démontrer à elles seules combien l'esprit d'ouverture et de partage sont profondément ancrés dans la culture techno.

Que des évènements techno puissent être annulés par des élus d'extrême-droite nous énerve, c'est une évidence, mais c'est surtout d'imaginer partager le même dancefloor avec des racistes sans que personne ne s'en émeuve qui nous est insupportable.

Sur le terrain des idées, et sur nos lieux de fête, de travail, de vie, nous continuerons de lutter contre les réactionnaires. Nous ne cesserons d'affirmer que la techno, de par son histoire, de par ses modes de diffusion, de par les valeurs qu'elle véhicule, n'est pas compatible avec l'extrême droite.

Pas de frontières entre les peuples !